Dans une équipe, les mêmes questions reviennent sans cesse. « Quel est le délai de livraison pour telle gamme ? » « Comment répond-on à cette réclamation ? » « Où est le dernier argumentaire ? » La personne qui sait est interrompue dix fois par jour, et les autres finissent par improviser.
Un assistant IA personnalisé peut prendre en charge une partie de ces demandes. Il s’agit d’une IA conversationnelle à laquelle vous donnez des instructions permanentes et des documents de référence. La plupart des grands outils proposent aujourd’hui une fonction de ce type : projets dans ChatGPT et dans Claude, Gems dans Gemini, agents dans Copilot. Les noms et les droits évoluent vite, et je ne recommande aucun outil en particulier. Le meilleur est souvent celui que votre entreprise utilise déjà avec des réglages adaptés.
Ce cours se concentre sur la construction elle-même, pas sur la technique : pas besoin de savoir programmer. Prenons une entreprise fictive de dix personnes qui vend du matériel de cuisine aux restaurateurs de la région lyonnaise.
Choisir une seule mission, étroite et fréquente
L’erreur classique consiste à vouloir un assistant « qui sait tout sur l’entreprise ». Il répondra à tout, et de manière moyenne. Commencez par une mission qui coche ces quatre cases :
- elle revient plusieurs fois par semaine ;
- elle s’appuie sur des documents qui existent déjà ;
- une erreur reste rattrapable, car un humain relit le résultat ;
- elle ne nécessite aucune donnée sensible.
Notre entreprise pourrait hésiter entre un assistant RH, un assistant juridique et un assistant commercial. Elle retient le troisième : aider les commerciaux à préparer des réponses aux questions techniques sur les fours et les chambres froides, avant envoi au client. Les questions de droit du travail, elles, restent pour le moment hors de portée : une erreur coûterait trop cher.
Écrire ses instructions comme la fiche de poste d’un nouvel arrivant
Les instructions sont le texte que l’assistant lit avant chaque conversation. Imaginez que vous accueilliez un collaborateur compétent mais qui ne sait rien de l’entreprise. Que lui diriez-vous ?
Voici un modèle à adapter :
« Tu aides les commerciaux à préparer des réponses aux questions techniques de nos clients restaurateurs. Tu réponds uniquement à partir des fiches produits et de la politique de garantie jointes. Pour chaque réponse, indique le document utilisé. Si l’information n’y figure pas, dis que tu ne la trouves pas et renvoie vers le service technique. N’invente jamais une caractéristique, un délai ou un prix. Tu ne donnes pas de conseil juridique. Ton style : vouvoiement, phrases courtes, sans superlatifs. Présente d’abord la réponse en trois lignes maximum, puis le brouillon de message à envoyer au client. Si la demande est floue, pose une seule question avant de répondre. »
Dans ce modèle, chaque élément a un rôle : la mission, la source autorisée, ce qu’il faut faire en cas de doute, les interdits, le ton et le format. La consigne la plus précieuse est celle qui indique quoi faire quand l’information manque. Sans elle, une IA a tendance à combler le vide en inventant une réponse plausible.
Préparer des documents de référence, sinon rien ne suit
Un assistant ne vaut pas mieux que les documents qu’on lui donne. Si vous joignez trois versions du catalogue, il peut les mélanger. Prenez le temps de faire le ménage :
- Une version par sujet. Supprimez les anciens tarifs et les fiches périmées.
- Un format lisible. Privilégiez les textes et les PDF avec du vrai texte. Un scan de mauvaise qualité ou un tableau complexe se lit mal.
- Des titres clairs. « Garantie-fours.pdf » vaut mieux que « Doc final v3 ». Dans le document, structurez avec des intertitres.
- Une date et un responsable. En tête de chaque fichier, notez la date de mise à jour et qui peut le modifier.
- Le minimum nécessaire. Ne joignez pas tout le serveur. Un document inutile, c’est du bruit, et parfois un risque de fuite.
Ajoutez aussi deux ou trois exemples de bonnes réponses déjà envoyées à des clients, anonymisées. L’assistant en retirera le ton et le niveau de détail attendus.
Une grille de quinze questions pour éprouver l’assistant
Ne le déployez pas après trois essais réussis. Préparez quinze questions, avec la bonne réponse notée à côté, et demandez à la personne experte de les rédiger avec vous :
- Huit questions courantes, formulées comme le feraient vos commerciaux, fautes et raccourcis compris.
- Quatre questions difficiles, où deux documents se croisent (« garantie d’un four vendu avec une option »).
- Trois questions pièges, dont la réponse n’est pas dans les documents : c’est ici qu’on observe si l’assistant admet ne pas savoir.
Pour chaque réponse, notez : juste, incomplète, fausse. Vérifiez aussi la source citée, car il peut arriver qu’elle soit mal attribuée. Corrigez une chose à la fois : une consigne, ou un document. Relancez toute la grille à chaque changement. Une correction peut en casser une autre.
Limites et données : ce qui doit être décidé avant le lancement
Quelques décisions doivent être écrites noir sur blanc et communiquées à l’équipe.
- Le compte. Vérifiez le type d’offre utilisé, l’usage fait des données par l’éditeur et les réglages de partage. Un compte personnel gratuit n’est pas l’endroit pour une base interne.
- Ce qui ne rentre pas. Pas de données de santé, de paie, de contrats confidentiels ni de données personnelles de clients, sauf cadre validé avec votre référent juridique.
- Qui y a accès. Limitez le partage à l’équipe concernée et vérifiez que le lien de l’assistant n’est pas public.
- La responsabilité. Tout message envoyé au client reste signé et relu par un humain. L’assistant propose, le commercial décide.
Le lancement en petit groupe, puis l’entretien mensuel
Ouvrez d’abord l’assistant à deux ou trois volontaires pendant deux semaines. Demandez-leur de garder les réponses fausses dans un document partagé. Ces retours valent plus que toutes les théories.
Nommez ensuite un responsable. Sa mission : remplacer les documents obsolètes, ajuster les instructions, repasser la grille de tests, et expliquer les limites aux nouveaux arrivants. Prévoyez une demi-heure par mois. Sans cela, l’assistant répondra un jour avec un tarif périmé, avec le ton assuré d’une réponse à jour.
Exercice : le cahier des charges de votre assistant en dix lignes
Écrivez sur une page, sans ouvrir d’outil : la mission en une phrase, les personnes qui l’utiliseront, trois documents à joindre, trois choses qu’il ne doit jamais faire, la phrase à dire en cas de doute, trois questions pièges et le nom du responsable. Si vous ne pouvez pas remplir ces lignes, votre mission est encore trop large. Resserrez-la.
Un assistant modeste vaut mieux qu’un oracle
Un bon assistant d’équipe ne remplace pas votre expert : il lui rend du temps et évite aux autres de l’interrompre pour les questions simples. Commencez étroit, testez vraiment, puis élargissez seulement quand les réponses sont fiables.